Un magicien du verbe. Un vrai. Le poète Omar « Kuul », de son vrai nom Omar Daher Abdi, est sans doute cela. Autrement, comment expliquer ses talents fous restés longtemps insoupçonnés ? Comment définir ses coups de maître tous les jours renouvelés et de nature à laisser bouche bée les plus grands noms de la poésie somalie, « Hadrawi » en tête ? C’est à cet homme que nous avons été présenté l’autre jour dans les locaux de l'ADI. Le temps de faire un petit tour d’horizon sur ses créations innovantes, de partager avec lui un vieux rêve ô combien audacieux : celui d’inventer encore et toujours. Avec beaucoup plus de rigueur. Et davantage de détermination. L'ADI : Votre approche est dite révolutionnaire dans la mesure où elle aboutit à une esthétique de la poésie somalie tout à fait nouvelle. D’aucuns vous considèrent déjà comme l’équivalent d’un Arthur Rimbaud. La comparaison vous parait-elle justifiée ? Omar Daher Abdi : Je ne suis pas loin de penser qu’une telle étiquette ne s’improvise pas par hasard. En ce qui me concerne, je ne sais pas si elle convient ou non pour désigner l’originalité de mes travaux qui, à ma connaissance, sont sans précédent. Je dis à ma connaissance parce que je ne me suis servi d’aucun modèle pour faire ce que j’ai fait. En disant cela, je pense en premier lieu à ce morceau fredonné par le chanteur Hassan Wado et intitulé « Dalxiis ». A travers cette œuvre, j’ai voulu tout simplement expérimenter un nouveau mode d’écriture qui se joue des normes traditionnelles de la poésie somalie. Mes tentatives, comme vous pouvez s’en rendre compte en observant les sonorités inhabituelles propres à cette chanson, n’ont pas été vaines. Feu Omar Maalin, dont les connaissances en la matière étaient infiniment immenses, s’était lancé lui aussi dans une entreprise similaire en essayant de soumettre ses créations aux exigences de la « Qafiyaad » qui est une structure propre à la poésie arabe. Il s’agissait d’un travail d’adaptation très compliqué étant donné que l’on passe de l’Arabe au Somali. Et pourtant, Omar Maalin avait réussi à le faire. L'ADI : Des grandes figures de la poésie somalie se sont déjà inclinées devant vos inventions. Est-ce vrai ? Omar Daher Abdi : C’est vrai que de nombreux artistes ont salué l’originalité de mon œuvre. Je peux vous citer à ce titre le défunt Abdoulkader Hersi dit « Yam Yam », qui, un jour, était directement venu me voir pour me témoigner de son estime en m’assurant de son soutien. Depuis, on était restés amis jusqu’à sa mort. Dernièrement, des jeunes talents comme Ali Idriss et Farah Libah ont exprimé sur un plateau de télévision leur fascination par rapport à certains de mes récents ouvrages. Ils ont réagi à un poème qui m’a été inspiré par la suite qui a été donné aux évènements du 11 septembre 2001. La singularité de leurs réflexions conçue pour soutenir ma modeste initiative aura le mérite de donner lieu à une chaîne poétique inédite. L'ADI : Passer du déjà -vu au jamais-vu n’est pas chose facile. Comment en êtes-vous parvenu ? Omar Daher Abdi : Si vous voulez savoir ce qui m’a poussé à entreprendre un projet aussi fou, autant vous le dire tout de suite. J’ai été confronté à un autre poète dont je préfère taire le nom dans des circonstances qu’il serait, j’en suis convaincu, inutile d’évoquer ici. Je dois avouer que j’ai mobilisé toute mon énergie dans cette épreuve dans l’intention de montrer tout ce dont je suis capable et jusqu’où je peux aller. L'ADI : De ce duel est né donc le style Omar « Kuul »… Omar Daher Abdi : Je vous concède le droit de le penser. L'ADI : Comment êtes-vous venu à la poésie ? Omar Daher Abdi : Par vocation. Enfant, je présentais une capacité de mémorisation exceptionnelle. A cette époque, en dépit de mon jeune âge, j’avais appris par cœur de longs poèmes de Sayyid Mohamed Abdullé Hassan. Un peu plus tard, des noms comme Abdi Bubaal, Omar Qaadi, Osman Handé et Dhagayareh pour ne citer que ceux-là , ont fait leur apparition dans mon univers d’apprenant avide de poésie et de mélodie. Je ne peux évoquer cette période de ma vie sans exprimer ma reconnaissance à mon père dont le concours fut précieux dans la formation de mon âme de poète. Dépositaire d’un héritage culturel ancestral, mon géniteur, de par son immense répertoire chargé d’échos glanés ça et là au fil des années, a longtemps nourri le poète qui sommeillait en moi. Les émissions culturelles de Mohamed Abdillahi Rirach, qui invitait jadis chaque semaine sur son plateau une célébrité, ont également joué un grand rôle dans mon parcours d’autodidacte. L'ADI : Avez-vous un chef-d’œuvre ? Omar Daher Abdi: Je peux vous répondre oui. Une de mes « Maanso » qui a pour titre « Hayé Haa-ga-ha-ha » est à même de satisfaire cette ambition pour le moment. Je dis ça parce que j’entends faire mieux. Oui, j’ai envie d’aller encore plus loin. C’est d’ailleurs mon rêve le plus cher. L'ADI : A part la « maanso » qui est de loin votre genre préféré, la chanson vous attire aussi. On se souvient de ce fameux morceau que vous avez dédié à l’Ogaas. Comment vous est venue l’idée de l’écrire ? Omar Daher Abdi: Au lendemain de la disparition de l’Ogaas Hassan Hersi Issa, j’ai écouté sur les ondes de la BBC une émission consacrée à cet évènement. Après avoir insisté sur la portée historique de ce qui venait de se passer, le journaliste a conclu son long exposé par cette interrogation pour le moins surprenante : feu Ogaas Hassan Hersi était-il le dernier roi des Issas ? Terrible, la question n’a cessé de me tourmenter des années durant. C’est dans cet état d’esprit, peu avant l’annonce du « rapt » du nouvel Ogaas, que j’ai écrit la chanson dont vous parlez. La première idée qui m’est passée alors par la tête était inspirée par un rituel connu de tous : « Lagu reeyow Ogaas Roblee, voilà une formule que les sages ne peuvent se permettre d’oublier au moment de mettre la main sur celui à qui ils confient la lourde tâche de présider aux destinées de leur communauté. L'ADI : Quel est votre poète somali préféré ? Omar Daher Abdi : Mohamed Ibrahim Warsama alias « Hadrawi ».
Isman O.
Source :ADI